Les Créations Fissure, Eclatement & Débris
Fissure, Eclatement et Débris

Création à La Grotte à Strasbourg en 2006

L'histoire
Trois personnages viennent se confesser, se dévoiler à trois stades différents de leur parcours. 
Chacun traverse une étape particulière dans une relative et même descente aux enfers. 

Le premier vit la métamorphose, la rupture avec son ancien schéma de pensée et d'être.
La deuxième tente de subsister au milieu des conséquences de ses actes avec l'aide de ses amis imaginaires.
Le troisième, au-delà de toute souffrance commise, demeure immobile à tenter de se souvenir, tenter de garder en mémoire son passé.

Note d'intention

"La solitude ! 
Tu la connais, toi, la solitude ? 
Celle des poètes et des impuissants. 
La solitude ?
Mais laquelle ? 
Ah ! tu ne sais pas que seul on ne l’est jamais !
Et que partout le même poids de passé et d’avenir nous accompagne !
Les êtres qu’on a tués sont avec nous. 
Et pour ceux-là, ce serait encore facile.
Mais ceux qu’on a aimés, ceux qu’on a pas aimés et qui vous ont aimés, les regrets, le désir, l’amertume et la douceur, les putains et la clique des dieux.
Seul !
Ah ! si du moins au lieu de cette solitude empoisonnée de présences qui est la mienne, je pouvais goûter la vraie,
le silence et le tremblement d’un arbre ! 
La solitude ! "

Albert Camus, Caligula, Acte II Sc XIV

Un univers poétique et violent
Lorsque j’ai commencé l’écriture de ces trois monologues j’avais l’envie que ces trois personnages (Terence, Cléo et Vladimir) nous embarquent, à tour de rôle, dans un univers à la fois poétique et violent. Ce fut l'envie de raconter une histoire à travers trois prismes.
Comme les titres le laissent deviner, le spectateur sera témoin d’une même progression à travers trois histoires distinctes et différentes. Les trois étapes que traversent peut-être tout meurtrier et qui forment ainsi un triptyque sur la fragilité de la nature humaine. Chacun est victime, chacun est bourreau, chacun a connu un choc dans le flot, de son existence, le poussant à commettre des actes répréhensibles.

Trois solitudes
Ecrire trois monologues c’est écrire trois solitudes. 
Solitude face à notre société indifférente qui pousse à la production, à la rentabilité. 
Solitude face aux icônes sur-médiatisés et inatteignables. 
Solitude face à notre passé et nos démons.
Comme l’écrit Camus, une solitude « empoisonnée de présences ». 
Ce sont toutes ces présences qui, pesant sur chacun de nous, menacent de nous faire basculer vers la violence voire la folie, comme c’est le cas pour ces trois destinées.
Trois êtres égarés dans un désert moderne, proies et prédateurs en même temps.
Fissure, ou la vision jubilatoire de la métamorphose. C'est le spectacle de la rébellion d'un individu face à ce qu'il est devenu, face à ce qu'on a voulu qu'il soit.
Eclatement, la difficulté à se maintenir dans la vie une fois le cataclysme en marche. C'est le portrait d'une jeune femme profondément déséquilibrée qui tente coûte que coûte de préserver son équilibre intérieur.
Débris, ou une vision de ce qu’il y a bien au-delà de toute rage. C'est l'esquisse mystique d'une sorte de rédemption stérile, où le coupable demeure éternellement seul face à ses actes.

Un espace constitué de vide et d'ombres
Il me faudra trouver, à travers la scénographie, une ambiance propre à chaque texte. Le son jouera un rôle à part entière et sera certainement un des liens entre les univers. Un travail autour des ombres, déjà abordé lors de la mise en scène d'Eclatement en 2005, sera repris et étendu aux deux autres textes. Le jeu entre la lumière et l'ombre accompagnera probablement la métamorphose qui se vit au cours de ce triptyque.
Horreur et Humour Noir
Bien qu'il soit question d'individus violents, voire monstrueux, ces trois textes demeurent constamment teintés d'humour. Chacun de ces personnages se révèle au fur et à mesure avec une innocence et une naïveté qui éveillent chez le spectateur le rire plutôt que l'effroi. Donner à voir la diversité des éléments contradictoires qui composent un individu a toujours été pour moi, tant au travers de mes mises en scène, que de mes pièces, un élément fondamental. C'est précisément parce que leurs confidences et leur univers sont effrayants qu'ils nous touchent par leur part comique. Les personnages n'en deviennent alors que plus attendrissants.
Serait-ce alors un plaidoyer pour les monstres de notre humanité ? Serait-ce alors un questionnement sur le sens du pardon face aux crimes les plus abjectes ? Possible… 
Il est vrai que j'ai le désir, à travers ce triptyque, d'interroger la part d'humain chez ces êtres monstrueux pour qu'elle fasse écho à la part monstrueuse en chacun de nous…avec poésie et humour.

Pierre-Etienne Vilbert
23 octobre 2006

Texte, Mise en scène & Scénographie : Pierre-Etienne Vilbert
Lumière : Stephane Wolffer
Costumes : Louise Geber

Distribution
Pierre Julien Tritsch

Nathalie Matter 

Antoine Brugière


Article DNA Décembre 2004

Article DNA Mai 2005


Galerie

Photos : Gérard Vonpierre